Visiter Cancún : entre galères, crocos et coups de cœur — récit d'un voyage inattendu
En ce mois de juin 2021, alors que le monde s'éveille doucement de la torpeur du COVID, je tombe sur une pépite : des billets aller-retour Barcelone-Cancún avec escale à Lisbonne pour… 289 euros.
Oui, 289 euros ! Une offre qui semble presque trop belle pour être vraie. Récit d'un séjour à Cancún entre arnaques, plages de carte postale, crocodiles et moments de grâce.
Petit hic : nous vivons à Toulouse. Mais qu'à cela ne tienne, un road trip express jusqu'à Barcelone, une nuit au Novotel Barcelona Cornellà pour se reposer, et nous voilà prêts à décoller vers le Mexique. Direction Cancún, ses plages légendaires, ses buildings en bord de mer et ses soirées aussi mythiques que controversées.
Ce séjour à Cancún s'inscrit dans un road trip plus large de 10 jours à travers le Yucatán et le Quintana Roo. Cancún en constitue le point de départ et le point d'arrivée — la boucle qui ouvre et ferme notre aventure mexicaine. Et autant te dire que cette ville, que je pensais survoler sans m'y attarder, m'a réservé bien des surprises.
Jour 1 — Une arrivée à la mexicaine
Minuit : après l'avion, l'épreuve de la douane
Après 8 heures de vol depuis Lisbonne, nous atterrissons enfin à Cancún. Il fait nuit, l'air est lourd d'humidité, et l'aéroport semble étrangement désert. L'ambiance est surréaliste, presque irréelle — nous sommes en plein COVID, et le flux habituel de touristes s'est réduit à un mince filet. Après avoir patienté deux longues heures dans la file d'attente à la douane, nous posons enfin officiellement le pied sur le sol mexicain.
Le problème ? Nous n'avons absolument aucun plan pour rejoindre notre hébergement. Pas de transfert réservé, pas d'application de VTC installée, rien. Une erreur de débutant ? Carrément. La fatigue du voyage et le décalage horaire de 7 heures se font cruellement sentir. Autant dire le combo parfait pour se faire arnaquer.
2h du matin — Le piège du taxi
Un seul taxi disponible devant l'aéroport. La chauffeuse mexicaine n'affiche pas exactement un sourire de bienvenue, et le trajet est annoncé à 70 euros. On sent bien la carotte, mais trop épuisés pour négocier, nous montons à bord. En même temps, avec nos têtes de gringos au bout du rouleau, il fallait s'y attendre.
Le trajet se déroule dans un silence pesant, rompu uniquement par le bruit de la pluie tropicale qui s'abat sur le pare-brise. La ville défile, sombre et endormie. Nous quittons peu à peu les abords de l'aéroport, puis la zone éclairée, puis toute forme de civilisation reconnaissable. Les rues se font de plus en plus étroites, de moins en moins goudronnées. Et quand le taxi s'arrête enfin devant l'adresse indiquée, le spectacle n'est pas exactement celui d'une brochure touristique : une maison en construction, à la lisière de la jungle.
La grosse blague.
J'ai réservé via Agoda — qui jusqu'à aujourd'hui ne m'avait jamais fait défaut — une chambre d'hôtes pour nos deux prochaines nuits. Mais là, en pleine nuit, hors de la zone touristique, en bordure de jungle, avec un ado épuisé sur la banquette arrière et un chéri qui commence à me lancer des regards lourds de sens, je me dis que ces vacances démarrent sacrément merdiquement.
On tourne, on vire, on cherche. La chauffeuse hausse les épaules. Mon téléphone n'a pas de réseau local. Il est 2 heures du matin — 9 heures en France — et mon ado commence à se dire que Narbonne, ça aurait été pas mal aussi comme destination. Quand enfin, à deux maisons de notre point de chute, un petit panneau artisanal apparaît dans la lumière de nos phares : « Welcome Casa Lara Habitación. »
Le soulagement. Immense.
3h du matin — Enfin une lumière
Nous voilà chez Arturo, qui nous accueille avec une chaleur désarmante malgré l'heure improbable. Il nous montre notre chambre, nous fait visiter sa terrasse sur le toit — un petit rooftop avec piscine et hamacs, surplombant les toits du quartier — et nous offre une bière mexicaine bien fraîche. La bonne humeur revient instantanément. On trinque sous les étoiles, épuisés mais heureux d'être arrivés à bon port.
Allez, tout le monde au lit. Demain, c'est visite de Cancún — la controversée, la clinquante, celle qui fait tellement rêver mon ado qu'on a décidé d'y consacrer quelques jours.
💡 Conseil Jipsee : La Casa Lara Habitación, c'est 49 € la nuit pour 3 avec petit-déjeuner, une propreté irréprochable et un rooftop avec piscine et hamac. Bien loin des palaces de la zone hôtelière, mais un vrai cocon accueillant. L'accueil d'Arturo et de sa femme est parfait, la chambre est simple mais confortable. Une vraie bonne adresse pour qui cherche à s'éloigner des buildings à un prix raisonnable. Je recommande chaudement.
Jour 2 — Visiter Cancún côté pile et côté face
Cancún, la capitale touristique du Mexique, fait rêver sur le papier. Cette ville côtière, située dans la partie est de la péninsule du Yucatán, est mondialement connue pour ses Spring Breaks, ses eaux turquoise éblouissantes et ses plages de sable blanc. La ville est également célèbre pour sa vie nocturne déchaînée et sa cuisine délicieuse. Sur le papier, Cancún est la destination idéale pour les vacances au soleil.
Mais Cancún, c'est aussi la mal-aimée des blogs de voyageurs et des adeptes du tourisme authentique. Considérée, au même titre que Phuket en Thaïlande, comme un lieu de perdition qui n'a de mexicain que sa localisation géographique. Une enclave américanisée, bétonnée, formatée pour le tourisme de masse. Alors qu'en est-il vraiment ? Peut-on visiter Cancún autrement, en sortant des sentiers battus du all-inclusive ? C'est exactement ce que nous avons voulu découvrir.
Le matin — La zone hôtelière : entre rêve et overdose
Après un délicieux petit-déjeuner préparé par la femme d'Arturo — des œufs brouillés aux haricots noirs, des tortillas fraîches et un café bien serré —, nous voici prêts à démarrer la journée. Et qui dit Cancún dit zone hôtelière et tourisme de masse. Alors c'est parti !
Nous sautons dans un taxi en direction des abords du Coco Bongo, cette flamboyante boîte de nuit et salle de spectacle sur plusieurs étages, célèbre dans le monde entier. À peine un pied posé dans la rue, c'est un festival de harcèlement commercial qui s'abat sur nous. Quand ce n'est pas le vendeur de chapeaux de paille, c'est un local déguisé en The Mask qui veut une photo — et les pesos qui vont avec. Des rabatteurs pour des excursions en bateau, des promoteurs de soirées, des vendeurs de lunettes de soleil… Le tout avec une insistance souriante mais franchement épuisante.
Nous faisons un tour rapide des boutiques de souvenirs alignées les unes à côté des autres — un défilé de sombreros, de crânes mexicains en résine et de t-shirts « I ♥ Cancún ». Rien de très surprenant, mais le spectacle vaut le coup d'œil, ne serait-ce que pour la démesure du dispositif commercial.
Comme c'est les vacances et que le décalage horaire nous a mis K.O., nous décidons de nous poser dans un beach club pour manger à midi et chiller face aux Caraïbes. Histoire de reprendre nos esprits avant d'explorer la suite.
Le Mandala Beach Club : quand la fête débarque sans prévenir
Nous voilà donc, les doigts de pieds en éventail, au Mandala Beach Club. Forfait repas, cocktails et lit à baldaquin sur la plage pour 140 euros à trois. Le cadre est objectivement magnifique : sable blanc, eau turquoise, musique lounge en fond sonore. Jusqu'à 14 heures, tout va bien. On sirote nos cocktails, un doux air de jazz dans les oreilles, tranquillement étendus face à la mer des Caraïbes.
14h15, changement d'ambiance. Radical. Les décibels montent d'un cran — voire sept ou huit crans. Un amas de vacancières américaines, déjà bien éméchées et en tenue minimale, envahissent la piscine dans un concert de cris et d'éclaboussures. Elles sont suivies de près par un bataillon de bellâtres bodybuildés, torchés aux mauvais cocktails et visiblement en mode séduction intensive. Le DJ lance un remix tonitruant, les basses font vibrer nos transats, et notre petit moment zen vole en éclats.
Bref, une ambiance Spring Break qui peut carrément plaire si tu es venu pour faire la fête et que tu as entre 20 et 25 ans. Mais qui nous fait fuir, nous, vers des horizons moins américanisés. Mon ado, lui, observe la scène avec un mélange de fascination et d'incrédulité — un spectacle sociologique en soi, il faut bien l'admettre.
💡 Le Conseil voyage de Jipsee
Le Mandala Beach Club, c'est sympa le matin en mode chill. Mais à partir de 14h, ça vire en mode fête. Si tu cherches la version Spring Break de Cancún, fonce. Si tu cherches un peu d'authenticité et de tranquillité, passe ton chemin — ou alors viens tôt et pars avant le rush.
L'après-midi — L'authentique Playa del Niño
Et c'est là que Cancún nous surprend. Parce que derrière les tours de béton et les beach clubs surchauffés, il existe un autre visage de cette ville. Un visage que la plupart des touristes ne voient jamais, tout simplement parce qu'ils ne sortent pas de la zone hôtelière.
Comme notre chambre d'hôtes est située du côté de Playa del Niño, hors de la zone touristique mais à deux pas de la plage, nous terminons la journée par une balade dans le quartier. Et le contraste est saisissant.
En cet été de COVID, nous sommes les seuls touristes présents sur place. Absolument les seuls. La plage appartient aux locaux, et uniquement à eux. Ne sachant pas vraiment comment notre présence serait perçue, nous n'avons pas sorti l'appareil photo. Nous nous sommes contentés de longer cette plage publique et familiale, d'observer, d'écouter, de respirer l'atmosphère.
Les hommes rentrent de la pêche, tirant leurs barques sur le sable mouillé. Les femmes font griller le poisson du jour sur des barbecues de fortune, entourés de tables en plastique et de bâches tendues qui font office de restaurant. L'odeur du poisson grillé se mêle à celle du citron vert et de la coriandre fraîche. Le ceviche frais coûte 4 euros. Nous nous attablons et sommes accueillis chaleureusement par un papi mexicain au grand sourire édenté, qui nous sert nos assiettes avec une fierté tranquille.
Près de nous, les enfants jouent entre les bateaux échoués sur le sable, se courant après dans les vagues. Les parents boivent une bière au son de la musique mexicaine qui sort d'une enceinte posée sur une glacière. Les rires fusent, le rythme est lent, personne ne regarde son téléphone. Le temps semble s'être arrêté dans une version du Mexique qui n'a rien à voir avec celle qu'on vend dans les catalogues.
C'est certes moins turquoise que ce matin, la mer est plus verte ici, plus agitée. Mais c'est tellement plus vivant, tellement plus convivial, tellement plus vrai. Ce moment sur cette plage, assis sur une chaise en plastique avec un ceviche à 4 euros et une bière fraîche, restera l'un des plus beaux souvenirs de notre séjour.
Une ville, deux ambiances. Et ce serait vraiment dommage de visiter Cancún en se limitant à sa zone hôtelière sans aller chercher ce côté de la ville, beaucoup plus authentique et infiniment meilleur marché.
💡 Conseil Jipsee : Ne reste pas bloqué dans la zone hôtelière. Playa del Niño, c'est une parenthèse simple, humaine et inoubliable. Demande à ton hébergeur local de te recommander ses spots préférés : les meilleures adresses ne sont jamais sur Google.
Jours 3 à 9 — Road trip à travers le Yucatán
Après de chaleureux adieux à Arturo et à sa femme — un au revoir qui ressemble déjà à un « à bientôt » —, il est temps d'aller récupérer notre voiture de location et de prendre la route.
Direction Holbox pour deux jours de plages paradisiaques et d'ambiance chill, puis Valladolid et ses trésors coloniaux, Chichén Itzá et ses pyramides majestueuses, la réserve naturelle de Sian Ka'an, un passage éclair par Tulum (la circulation aura eu raison de nous), Playa del Carmen et ses ruelles animées, le parc Xcaret pour une journée d'immersion culturelle, et enfin deux jours de farniente absolu au Grand Sirenis Riviera Maya pour recharger les batteries.
Sept jours intenses, riches en découvertes, en galères de circulation, en ceviche, en cénotes et en couchers de soleil. Mais ça, c'est une autre histoire — que tu peux retrouver dans notre itinéraire complet de 10 jours au Mexique.
Jour 10 — Retour à Cancún : une dernière soirée mémorable
Une matinée à Playa Delfines
Notre avion ne décolle que demain, et il nous faut un hébergement pour cette dernière nuit. On réfléchira plus tard — pour le moment, je rêve d'une baignade dans les eaux turquoise des Caraïbes, celles qu'on voit à la télé, celles des cartes postales.
Notre périple à travers le Yucatán a été grandement ponctué de plages envahies par les sargasses — ces algues brunes et malodorantes, symptôme du réchauffement climatique, qui prolifèrent sur les côtes de la Riviera Maya. Des plages qui sur Instagram semblent immaculées mais qui, dans la réalité, ressemblent parfois à des tapis brunâtres. Un choc visuel, et surtout un rappel brutal que notre planète va mal.
J'ai repéré que le sud de la zone hôtelière de Cancún était plutôt épargné par le phénomène. Nous voilà donc à Playa Delfines, la plage publique la plus connue de la zone hôtelière.
Arrivés sur place : wouah. C'est une vraie carte postale qui s'offre à nous. L'eau est turquoise, le ciel est d'un bleu profond, le sable est blanc et fin. Enfin les Caraïbes telles qu'on les imaginait. Clairement, ça vend du rêve. On se promène un peu le long de la plage, savourant ce moment, en espérant trouver un petit bar pour faire une pause et se rafraîchir.
Mais encore une fois, la réalité rattrape le fantasme. Nous découvrons avec déception que la quasi-totalité du littoral de la zone hôtelière est privatisée par les hôtels et resorts. Aucune possibilité d'accéder à ces gros complexes sans y dormir. Pas moyen de trouver non plus la moindre parcelle de sable accueillant un restaurant, un café ou même un simple vendeur de noix de coco. La plage appartient aux blocs de béton, c'est comme ça, point.
Demi-tour, échaudés sous 40 degrés. Direction la voiture, où nous finissons par dénicher un café avec wifi, boissons fraîches et fajitas. La pause s'impose, le temps de trouver un logement pour ce soir. On va éviter les gros complexes hôteliers — on a donné au Grand Sirenis à Akumal, et ce n'est définitivement pas ma tasse de thé pour une dernière nuit.
Une perle cachée : l'hôtel Sina Suites
Je clique au hasard sur Agoda et tombe sur l'hôtel Sina Suites à 50 euros la nuit pour trois, disponible ce soir. Allez, c'est cliqué, c'est réservé. Le GPS nous annonce 15 minutes de route, juste à la sortie de la zone hôtelière, côté lagune.
Nous sommes accueillis chaleureusement en pénétrant dans cet hôtel à la décoration certes pas de première jeunesse, mais à l'atmosphère familiale et sincère. Nous nous sentons bien immédiatement. La chambre est immense — facilement deux fois la taille de nos hébergements précédents — et la vue sur la lagune est tout simplement incroyable. Cette étendue d'eau calme, bordée de mangrove, baignée dans la lumière dorée de fin d'après-midi… On reste scotchés devant la fenêtre un long moment, silencieux.
En faisant le tour du propriétaire, nous découvrons une superbe piscine entourée de végétation tropicale et un joli bar-restaurant avec terrasse donnant sur la lagune. Tout est propre, bien entretenu, agréable. Le personnel est aux petits soins sans être envahissant. L'ambiance est celle d'un petit hôtel familial qui fait les choses simplement mais avec cœur.
De tous les endroits où nous avons dormi pendant ces 10 jours au Mexique — de la chambre d'hôtes d'Arturo au Grand Sirenis en passant par l'auberge de Playa del Carmen —, le Sina Suites restera notre coup de cœur absolu. La preuve qu'on n'a pas besoin de 5 étoiles et de buffets à volonté pour se sentir comme des rois. Juste un lit confortable, une vue magnifique et un accueil sincère.
💡 Le Conseil voyage Jipsee
Le Sina Suites est une pépite méconnue. Situé côté lagune, à la sortie de la zone hôtelière, il offre un calme absolu, une vue sublime et un excellent rapport qualité-prix. Si tu cherches à visiter Cancún sans te ruiner et sans l'ambiance impersonnelle des gros resorts, c'est mon adresse numéro un.
Une soirée côté lagune : homards et crocodiles
Pour notre dernière soirée au Mexique, nous décidons de nous faire plaisir. Vraiment plaisir. Le genre de soirée qu'on s'autorise en fin de voyage, quand le budget a été raisonnable jusque-là et qu'on se dit « allez, on l'a bien mérité ».
Notre choix s'arrête sur le Lorenzillo's, un restaurant de fruits de mer réputé, construit directement sur la lagune de Nichupté. L'établissement est une avancée de bois sur pilotis, une terrasse qui flotte littéralement au-dessus de l'eau. Le cadre est fantastique — il n'y a pas d'autre mot.
Nous nous installons à une table en bordure de ponton, avec vue panoramique sur la lagune et, au loin, la grande roue illuminée de la zone hôtelière qui tourne lentement dans le ciel nocturne. Comme ce soir c'est fête, ce sera linguines aux homards arrosées de Chianti. Les assiettes arrivent, généreuses et parfumées. Le homard est frais, la sauce onctueuse, le vin parfait. Je me régale.
Et puis, entre deux bouchées, le serveur nous fait signe de regarder vers le bas. Là, à deux mètres sous notre table, glissant silencieusement dans l'eau noire de la lagune, un crocodile passe tranquillement. Pas un petit crocodile, non. Un beau spécimen d'au moins deux mètres, dont les yeux brillent dans la lueur des lanternes du restaurant. Mon ado manque d'en lâcher sa fourchette. Mon chéri blêmit légèrement. Et moi, je suis aux anges. Un dîner aux homards avec un crocodile en guest star, à Cancún — on ne peut pas dire que ce voyage manque de sel.
Le serveur, habitué à la scène, nous explique avec un sourire que les crocodiles sont des résidents permanents de la lagune et qu'ils viennent régulièrement rôder sous le restaurant, attirés par l'agitation et la lumière. Rien de dangereux, assure-t-il, tant qu'on ne leur lance pas de nourriture. Soit.
Notre itinéraire complet 10 jours au Mexique à lire ICI
La grande roue et la promenade digestive
Tout motivés par notre visiteur écailleux — qui nous a quand même bien impressionnés —, nous décidons de poursuivre la soirée par une promenade digestive le long de la lagune, en direction de cette fameuse grande roue qui nous a fait de l'œil pendant tout le repas.
Nous atterrissons dans un centre commercial à l'ambiance très Miami Beach — néons, vitrines de marques, musique pop en fond sonore. Nous grimpons dans la grande roue et, pendant quelques minutes, Cancún se dévoile vue d'en haut. La zone hôtelière scintille d'un côté, la lagune s'étend de l'autre, et au loin, la jungle sombre marque la frontière entre le Mexique touristique et le Mexique sauvage. C'est beau, c'est kitsch, c'est parfait pour une dernière soirée.
La grande roue nous a coûté 30 euros à trois et le restau 120 euros, mais tant pis. Certains souvenirs n'ont pas de prix, et celui-ci en fait définitivement partie.
Sur le kilomètre que nous avons longé le long de la lagune pour revenir à la voiture, un détail nous fait sourire (et frissonner un peu) : tous les 200 mètres, un panneau rappelle sobrement : « Ne pas nourrir les crocodiles. En cas d'urgence, appeler le 911. » Ambiance.
Demain, on rentre en France. Et cette jolie dernière soirée improvisée — trouvée au hasard sur Agoda, sans plan ni réservation préalable — nous aura laissé plein de souvenirs de crocos, de homards et de bons moments partagés. Exactement le genre de soirée qu'on n'aurait jamais pu planifier.
Visiter Cancún : le bilan
J'avais lu énormément de mauvaises choses sur Cancún avant d'y mettre les pieds. Les blogs de voyage la descendent en flammes, les routards la méprisent, les puristes du tourisme authentique la considèrent comme une aberration bétonnée. Et je comprends pourquoi. La zone hôtelière, avec ses tours de béton, ses beach clubs surchauffés et son ambiance de parc d'attractions, peut légitimement rebuter.
Mais Cancún m'a surpris. Et je ne sais pas si c'est grâce aux hôtels choisis — qui ont définitivement été nos deux préférés de tout le séjour —, grâce au contexte particulier du COVID qui a vidé la ville de ses hordes de touristes, ou tout simplement grâce à notre curiosité de sortir des sentiers battus, mais je garde un super souvenir de nos quelques jours sur place.
Nous avons survolé la ville, c'est vrai. Nous n'avons pas tout vu, loin de là. Mais les endroits découverts m'ont davantage transportée que Tulum ou Valladolid, qui m'ont plutôt semblé être des repaires pour influenceuses en quête de likes — aussi jolies soient-elles sur les photos.
Playa del Niño et la maison d'Arturo furent un joli moment où l'on s'est senti plus au Mexique qu'à certains endroits décrits comme plus « authentiques » par les guides. Ce papi au sourire édenté et son ceviche à 4 euros, c'est ça, le vrai Mexique. Pas les cafés instagrammables de la Calle de Los Frailes à Valladolid.
Notre dernière soirée en bord de lagune, avec crocodile sous la table et homards dans l'assiette, nous laissera quant à elle un souvenir impérissable. Le genre de moment qu'on ne prévoit pas, qu'on ne peut pas planifier, et qui finit par devenir le temps fort du voyage.
Le Sina Suites, dégoté au hasard sur Agoda à 50 euros la nuit, s'est révélé être la meilleure adresse de nos 10 jours au Mexique. La preuve, encore une fois, que les meilleurs moments de voyage sont souvent ceux qu'on n'a pas programmés.
Bref, je pense que même sans être un fêtard invétéré, même sans rêver de Spring Break et de beach clubs à 140 euros, la ville laisse pas mal de choix sympas pour passer un chouette moment. Il faut juste accepter de la regarder au-delà de sa vitrine clinquante, de s'aventurer là où les touristes ne vont pas, et de laisser le hasard faire son œuvre.
Cancún mérite mieux que sa réputation. Et si tu envisages de visiter Cancún lors de ton prochain voyage au Mexique, mon conseil est simple : donne-lui sa chance. Tu pourrais bien être surpris. 🐊🌮